Kolé
 
« Je ne me suis jamais imaginée sans dialoguer avec la peinture. J’ai toujours senti la nécessité de puiser en moi cet état instinctif et impulsif pour m’exprimer. Aujourd’hui, mon travail porte sur la mémoire collective, la trace humaine, l’empreinte.
Dans ma peinture, les corps transportent nos états d’âme ; déshabiller les corps pour mieux toucher cette vie sous-jacente du monde, de l’esprit, de nos êtres ; extirper nos violences, nos délires, nos croyances pour faire jaillir une forme de vérité ».
 
 
 
« I have never imagined myself out of touch with painting. I have always felt the need to explore instinct and intuition to express myself. Today my work is about collective memory, humanity's footprint... In my work, the figures relay our inner states of being; undressed so as to touch an underlying dimension of the world, spirit and soul. Rooting out our violence, our delerium, our beliefs, in order to bring forth a form of truth »

 

Je ne pense pas que c’est la nature même qui influence Kolé, cela serait plutôt l’audace de Kolé qui influence cette nature selon ses propres humeurs.
La surface de la toile est préparée comme une terre vierge que l’on doit rendre accueillante, afin d’attirer l’envie de se délivrer par des premiers gestes tachetés.
Et puis soudain tout pousse, il faut dompter ce jardin de quatre saisons parfois sage, parfois exubérant. Il y a même des plantes à qui il ne manque que la parole ; l’on y voit aussi se promener des visiteurs en forme d’âme. Cela peut finir en feu d’artifice d’abondance qui nous indique la générosité de l’artiste à nous donner de belles leçons de sensibilité….
 
I do not think that it is Nature that influences Kolé but rather it is Kolé’s audacity that instead influences Nature, according to her own states of mind.
The surface of painting is prepared like Virgin soil, that one needs to make inviting in order to allow the artist to give herself completely, with the very first brush strokes.
Then suddenly everything flourishes, one needs to tame this garden of four seasons, alternatively quiet and exhuberant.
There even are some plants that only lack the power of speech and one can even see visitors walk in their form of souls. This can result in fireworks of abundance, which demontstrate the artist’s generosity, and provides us with beautiful lessons of sensitivity and grâce…

 

Pierre Marie Brisson

 

Tout de suite le blanc nous saute aux yeux. Blancs les bouquets, les arbres, les ciels, blanches les âmes, blanche la matière sous la teinte. Le blanc est le révélateur. L’alphabet de Mylène Kolé.
Mais si les lettres sont blanches, les mots n’en sont pas moins en couleurs.
Mais si les lettres sont claires, l’histoire n’en est parfois pas moins sombre.

C’est tout l’art de Mylène de voir au-delà de l’évidence.
Mylène Kolé a choisi de ne pas représenter (pourquoi re-présenter puisque cela a déjà été présenté). Ainsi Mylène ne peint pas la vie. Elle donne la vie à sa peinture. Elle donne ce qu’elle a, ce qu’elle est, ce qu’elle trouve en allant chercher loin dans ses terres intérieures. C’est un acte créateur plein de joie, de rage, d’énergie et de générosité. C’est aussi une voie difficile. On sait ce que l’on donne, on se sait pas ce que l’on va recevoir. Mais que de merveilles ici ! Quelle chance pour nous que Mylène ait  le courage de faire une place à l’inconnu.

 
Et tous les personnages qui s’invitent à la fête ! Que Mylène accueille selon leur tempérament et son humeur et à qui elle donne une place discrète et de choix. Ces silhouettes évidentes ou devinées qui jouent parfois à cache-cache avec notre regard…
Ce qui est bien, avec cette peinture si vivante, c’est que jamais l’on ne s’ennuie à la regarder. Toujours il s’y passe - ou va s’y passer- quelque chose. Sur cette toile-ci c’est évident, le bouquet va se retrouver « tête en bas » et prendre ses jambes à son cou le temps d’une petite promenade… Sur cette autre, on sent bien, dès que l’on aura le dos tourné, qu’un vol de canards sauvages va animer le ciel et promener son ombre sur la petite maison… Je suis sûre que sur la maison brune, il va bientôt pleuvoir, mais le ciel est changeant, probablement qu’un rayon de soleil caressera la pierre…  Et dans cette toile-là il y a fort à parier que quelques pommes moins bien accrochées que les autres profiteront de ce que l’on regardera ailleurs pour dégringoler, bien vite emportées par de petits écureuils aussi roux qu’elles… Il y a une activité folle dans les toiles de Mylène Kolé.
C’est cela d’être en contact au plus profond de soi avec les forces de la nature, d’en tirer sa palette, d’y charger son pinceau.
Dans certains déserts, de beaux arbres blancs contiennent une sève liquide qui maintient en vie les êtres vivants dans ces régions où l’on est perpétuellement en quête d’eau.
Les arbres blancs de Mylène Kolé, toute sa peinture, sont, à leur image, une source de vie tantôt paisible, tantôt bouillonnante. Précieux pour les moments où l’on est à sec.
 
White ! It’s immediately striking. White bouquets, white trees, white-skies, white spirits, white underlying superficial shades. White is used to reveal all ; it is a means of communication. It is the alphabet of Mylène Kolé.
But even though the letters are white, the words themselves are no less colourful.
And even though the letters are light, the history they convey is sometimes just as dark.

This is Mylène‘s art, that of offering a vision beyond the obvious.
Mylène Kolé has chosen not to employ representation (why re-present something if it has already been presented). Mylène doesn’t paint life. She gives life to her painting. She gives everything she has, everything she can find from going beyond her inner self. The result is a creative act, full of joy, energy and generosity. It is also a difficult feat to accomplish because the artist is aware of just how much she is giving without having any indication of what she may receive. But what marvels are revealed ! How fortunate we are that KOLE has had the courage to delve into the unknown.
 
And all these characters who take part in the festivities ! How Mylène decides to welcome these characters depends on their temperament and the way she is feeling, and she allocates them a discrete or prominent position accordingly. These obvious or faint guessed at figures, which enjoy playing hide and seek with our vision…
What is refreshing is that this painting is so full of life, you can never tire of looking at it. There is always something happening – or about to happen. On this painting it is obvious, the bouquet will finish upside-down and run away… on another you really get the impression that once your back is turned, wild ducks will fill the skyline and throw their shadow onto the little house… I am sure that i twill soon start to rain on the Brown house, but the sky is perpetually changing, a ray of sunlight will probably sweep over the stone… And th
is other painting, you can bet that some of the apples which are not so well attached are just waiting for us to glance away before hurtling to the ground only to be rushed away by little squirrels, which are as red as the apples themselves… There is an unbelievable level of movement and activity in Mylène Kolé’s Works.
This is the direct result of being so close to nature , from drawing inspiration from its roots, from dipping one’s paintbrush into nature itself.
In certain deserts, beautiful white trees contain a liquid sap which keeps other living beings alive in an otherwise parched environment.
Mylène Kolé’s white trees, KOLE’s entire work, represent a source of life which is both steeped in tranquillity and also bubbling whith life. A precious resource whenever we are feeling emotionally dry.

                               
                                                                                               Emmanuelle Cosso-Merad - Romancière, parolière et scénariste